La mise en place d'un Centre de Ressources de Langues
Ce document a pour but de préciser le concept de Centre de Ressources de Langues (CRL), tel qu'il a été conçu et expérimenté par le Pôle Universitaire Européen de Strasbourg. On y décrira notamment la spécificité de l'apprentissage en autoformation et on proposera une analyse des conditions de la mise en place d'un CRL.
Ci-dessous un aperçu global de l'ensemble des points abordés. Chacun de ces points sera developpé par la suite en référence au numéro indiqué.
LES CENTRES DE RESSOURCES DE LANGUES Un centre de ressources ne peut exister, se développer et vivre efficacement à la satisfaction de tous que s'il repose sur un projet pédagogique précis, concerté et élaboré par une équipe composée des enseignants de langue et des autres disciplines concernées, de techniciens spécialistes des nouvelles technologies éducatives, et de gestionnaires.
Les ressources d'un centre de langues peuvent être utilisées par les étudiants soit comme source unique d'apprentissage, soit en complément d'une formation existante.
2. Individualisation de lapprentissage
L'autoformation est une réponse au problème de l'hétérogénéité des étudiants. Les plonger dans une situation où une grande part de la responsabilité de l'apprentissage leur incombe peut les inciter à mettre en oeuvre et à développer les compétences linguistiques qu'ils ont acquises par ailleurs, quel que soit leur niveau de départ. L'autoformation, plus en conformité avec le style du travail universitaire, permet de développer l'autonomie des étudiants et les prépare ainsi à leur future vie professionnelle.
En outre, l'autoformation permet de mieux prendre en compte l'extrême diversité des stratégies d'apprentissage mises en oeuvre par les apprenants. En proposant une grande palette de ressources d'apprentissage, en provoquant la comparaison des stratégies entre les étudiants, en proposant diverses méthodologies de l'apprentissage, elle donne aux étudiants la possibilité de trouver des ressources qui correspondent à leurs stratégies, d'en juger l'efficacité par rapport à celles des autres, ou d'en adopter de nouvelles qui leur conviendraient peut-être mieux.
Si le CRL est conçu dès le départ pour l'accueil d'un grand nombre d'étudiants, les coûts de fonctionnement par étudiant sont relativement faibles. Une fois l'investissement initial effectué, un CRL peut accueillir un nombre croissant d'étudiants sans augmenter les coûts de fonctionnement de manière significative. Des ressources utilisées par cent étudiants peuvent être utilisées par cinq cents étudiants sans multiplier les coûts par cinq. Même chose pour l'encadrement. Le seul facteur contraignant est la capacité d'accueil, qui doit être correctement évaluée dès le début.
4. Accueil de publics nombreux et variés
Au moins trois différents types de publics peuvent se côtoyer dans un CRL : les étudiants bien sûr, mais aussi les enseignants, ainsi que les personnes en formation continue. Le centre de ressources prend en compte l'hétérogénéité des publics, les tailles variables des groupes et les spécificités des choix de chacun.
Travailler dans un centre de ressources ne signifie en aucun cas rester seul face à des machines ou à des livres, même si un CRL est avant tout un lieu où sont réunies des ressources d'apprentissage. Par ressources, il faut entendre les dossiers d'autoformation construits à partir de supports variés, dont ceux offerts par la technologie, ainsi que les ressources humaines que constituent les personnes chargées de l'encadrement.
Pour fixer les idées, voici une description des ressources pédagogiques, technologiques et humaines mises à disposition par le Pôle Universitaire Européen dans certaines filières. Une partie des dossiers d'autoformation met l'accent sur la langue de spécialité; ces dossiers sont construits à partir de supports didactiques authentiques, c'est-à-dire non calibrés à priori pour un usage pédagogique. Il s'agit d'articles de la presse spécialisée, de conférences en langue vivante étrangère dans le domaine considéré, d'émissions télévisées, de documentaires, etc. Ces supports sont accompagnés de dossiers, qui donnent des indications sur la manière de tirer profit du support, et qui proposent un appareil pédagogique constitué, selon le cas, d'une aide lexicale, d'exercices divers, de la transcription des documents sonores, etc.
Mais les étudiants disposent également de toute une panoplie de dossiers didactiques liés ou non à la langue de spécialité. Il s'agit d'articles de presse, de films long-métrage en V.O., d'informations télévisées captées par antenne parabolique, de cassettes (audio et vidéo) d'apprentissage de la langue, de logiciels (notamment multimédia), de CD-ROMs, d'ouvrages de références, d'exercices de grammaire ou de vocabulaire (sur papier ou sur machine), etc. Des dossiers d'aide méthodologique proposent des méthodes d'apprentissage ponctuelles (comment faire un résumé par exemple, ou bien comment se servir d'un dictionnaire), ou générales (comment organiser son apprentissage en vue de tel ou tel objectif).
Tous ces dossiers sont référencés dans une base de données, qui permet de produire des listes et des descriptifs standardisés de dossiers. Les descriptifs sont attachés à chaque dossier et permettent à l'étudiant de se faire une idée du contenu d'un simple coup d'oeil. Ces descriptifs sont également regroupés par thèmes dans des classeurs, ce qui facilite une vue d'ensemble des ressources sans avoir à manipuler les dossiers eux-mêmes. Les listes sont affichées sur un tableau, ce qui permet aux étudiants d'embrasser d'un seul regard l'ensemble des ressources qui leur sont proposées.
Il ne saurait y avoir d'apprentisage individualisé sans suivi pédagogique. D'où l'importance de l'encadrement. Les étudiants disposent ainsi de véritables "ressources humaines", en la personne des professeurs de langues chargés de l'organisation, du suivi et de l'évaluation de l'apprentissage, des moniteurs-étudiants qui s'occupent des flux de matériel, des tuteurs de langue chargés d'apporter un soutien linguistique, ainsi que d'étudiants étrangers (ERASMUS) qui animent des séances de conversation.
6. Le parcours dapprentissage
Une chose est de mettre les ressources à disposition, une autre est d'en promouvoir une utilisation efficace. Les étudiants sont invités à se construire un parcours d'apprentissage où ils sont amenés à choisir des outils d'apprentissage en fonction d'objectifs, à évaluer leur progression, à se motiver et à découvrir les stratégies d'apprentissage qui leur conviennent le mieux. En un mot, il s'agit d'apprendre à apprendre en découvrant de nouvelles formes sociales de travail, et en développant de nouvelles attitudes face à l'apprentissage.
Les objectifs peuvent être institutionnels et/ou personnels. Les premiers consistent en des compétences concernant la langue de spécialité, par exemple savoir lire un article du domaine, ou comprendre une conférence en langue étrangère, et sont fixés après concertation avec la filière; les seconds sont déterminés par les étudiants eux-mêmes en fonction de leur histoire personnelle d'apprentissage des langues, et de critères individuels, tels que le désir de savoir soutenir une conversation en langue étrangère, ou de comprendre les films en V.O.
Les étudiants sont incités à consigner dans un carnet de bord les diverses ressources utilisées pour atteindre leurs objectifs. Ils peuvent également y faire des commentaires sur les difficultés rencontrées, leurs projets d'apprentissage à court ou long terme, etc. Cette méthode possède un double avantage : d'une part, la construction du parcours s'en trouve facilitée, et d'autre part, le suivi du travail de l'étudiant par les professeurs ou les tuteurs s'appuiera ainsi sur des bases factuelles plus solides que la mémoire.
Des dossiers d'auto-évaluation sont mis à la disposition des étudiants. Ils ont une fonction d'évaluation formative, c'est-à-dire qu'ils permettent aux étudiants de faire le point sur les compétences acquises, ainsi que sur celles qui ne le sont pas encore. Cette mise au point facilite la construction du parcours d'apprentissage en incitant les étudiants à se concentrer sur les compétences qui restent à acquérir. En outre, ces dossiers d'auto-évaluation ont une fonction de préparation à l'évaluation finale, qui peut prendre (ou non) la forme d'un contrôle continu, selon la politique décidée en concertation avec la filière.
7. Un dispositif dynamique, questionné, évalué
Le dispositif d'auto-apprentissage doit être considéré de manière dynamique, en évolution permanente. Son efficacité sera mesurée grâce à une évaluation régulière
- des documents proposés (fréquence dutilisation, appréciation critique, efficacité, ...)
- de la facilité dutilisation des ressources
- des progrès des utilisateurs (progrès linguistiques, mais également progrès en auto-formation)
- du degré de satisfaction des différents partenaires
L'organisation matérielle d'un CRL est bien entendu assez complexe, surtout si on envisage l'accueil de plusieurs centaines d'étudiants par semaine. Un CRL tel qu'il fonctionne dans les expériences strasbourgeoises comprend 5 zones d'apprentissage principales, définies en fonction du type de ressources utilisées. On distingue une zone pour le travail écrit et la lecture, un laboratoire de langue, une zone pour la vidéo, une autre qui comprend les ordinateurs, ainsi qu'une ou plusieurs petites salles pour la conversation, ou le travail par petits groupes en atelier sur des thèmes donnés, et animés par un professeur.
Comme le CRL utilise massivement les ressources de la technologie, il faut prévoir un entretien technique par du personnel compétent (pas nécessairement sur poste affecté) capable de maintenir le matériel audio, vidéo, et surtout informatique en état de marche. La maintenance informatique comprend la mise en place et la configuration des machines, l'installation des logiciels, des cartes sonores et des lecteurs de CD-ROMs, la gestion d'un éventuel réseau, la sauvegarde régulière des données, ainsi que le remplacement des pièces défectueuses ou technologiquement dépassées. Ce personnel sera également chargé de l'enregistrement des documents audio et vidéo.
Un budget de fonctionnement adéquat est nécessaire pour les abonnements à des journaux et à des revues, l'achat de cassettes et de matériel pédagogique, les photocopies et la rémunération des moniteurs.
La cheville ouvrière dun CRL, cest bien entendu lencadrement, composé denseignants de langue et de moniteurs-étudiants. En effet, certaines des tâches - distribuer le matériel, aiguiller les étudiants vers les nouveautés, aider ceux d'entre eux qui ne sauraient pas faire fonctionner les ordinateurs, mettre à jour les dossiers et les listes, etc. - peuvent être accomplies par des moniteurs étudiants non-linguistes.
On peut également engager des étudiants linguistes (niveau maîtrise ou plus) qui se destinent à l'enseignement, et qui sont généralement heureux d'acquérir ainsi une première expérience professionnelle. Leur tâche est d'apporter un soutien linguistique aux étudiants, et de les aider à préciser leur parcours d'apprentissage. Rappelons aussi le rôle des étudiants étrangers chargés de l'animation de séances de conversation.
Le travail de l'encadrement étudiant se fait sous la supervision des professeurs de langue. La tâche de ces derniers est variée et complexe, et il est important que cela soit pris en compte dans la définition de leur service. Un rôle très important est d'établir des liens harmonieux avec la filière, seuls garants d'une bonne intégration du CRL dans son environnement. Mais leur rôle principal est sans aucun doute l'animation du CRL, c'est-à-dire l'organisation des flux d'étudiants, l'information, la mise en place d'ateliers destinés à répondre à des besoins spécifiques. Un CRL comprend, comme son nom l'indique, des ressources, qui doivent être acquises, ou créées. Les choix d'acquisition impliquent une veille pédagogique, très gourmande en temps. Une autre tâche importante est la production de ressources là où le marché ne les fournit pas, ce qui est souvent le cas en langue de spécialité. Cela exige de grands efforts de clarté dans la présentation, de cohésion interne, et de cohérence avec les autres ressources.
Le service des professeurs de langues peut donc difficilement être défini en terme d'heures d'enseignement devant étudiants. Animer un CRL exige un investissement personnel important, une forte autonomie du professeur, ainsi qu'une solide formation. Cette formation concerne les aspects techniques du travail en CRL (formation aux outils, notamment informatiques), organisationnels (gestion du CRL), et pédagogiques (la création et utilisation de ressources dans des situations d'auto-formation). Les enseignants ont aussi pour tâche de former les étudiants et les moniteurs à l'utilisation du CRL.
On a tout intérêt à répartir et à coordonner les tâches telles que la veille pédagogique, ou la production de certaines ressources, et à mettre en place une équipe d'enseignants qui développe la recherche pédagogique et la réflexion sur l'auto-formation.
Etapes de la mise en place d'un centre de ressources de langues
1. Elaboration du projet pédagogique au sein d'une UFR, en se souciant des liens entre les langues et les disciplines étudiées
2.Choix de l'encadrement (enseignants, moniteurs, techniciens)
3. Choix des supports pédagogiques
4. Décisions budgétaires : investissement et fonctionnement
5. Aménagement des locaux
6. Organisation des emplois du temps et gestion des flux étudiants